Article publié le jeudi 28 octobre 2010
Les feuilles d'automne s'en sont allées, elles se ramassent à la pelle. Le 16 octobre a été une vraie belle journée.
Dans ce lieu prestigieux de Sciences Po se pressaient écrivaines, écrivains, handicapés ou non. Une foule sympathique de participantes et participants remplissait l'amphi. Les orateurs prenaient place.
Maudy Piot, présidente et fondatrice de l'association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir nous accueillait avec dynamisme et chaleur :
J'ai envie de vous citer une phrase d'Aristote : La vraie égalité, c'est celle de la différence. Et je voudrais que notre journée soit sous ce signe-là car ce sont nos différences qui sont notre richesse et qui nous permettront d'échanger, de nous rencontrer et d'être plus solidaires. Nous serons autrement capables de réaliser les actes de la vie quotidienne. Notre fragilité, nos différences seront richesses pour tous.
Anne Hidalgo toujours présente et partie prenante de nos rencontres nous a manifesté son soutien et son amitié :
Lorsque Maudy Piot a décidé de créer un événement autour de l'écriture, de l'art, nous nous sommes dit : encore une excellente idée à accompagner. Personnellement, je suis convaincue que l'art permet d'exprimer ce que nous avons au fond de nous et cela provoque une rencontre à travers l'émotion, le choc d'une oeuvre que l'on voit, qu'on touche, d'un livre qu'on lit, d'un film qu'on voit ou qu'on entend. Quand on se met dans la position du lecteur, on est un peu dans la position de celui qui écrit car le lecteur réinvente à partir de son vécu l'histoire que lui suggère celui qui écrit. Il est donc très important d?avoir ce croisement de regards, d'expériences, d'échanges artistiques autour de la lecture avec des auteurs qui ont écrit sur la situation de handicap et des auteurs qui vivent la situation de handicap.
Ces croisements ne peuvent être que féconds et doivent nous permettre d'aller plus loin dans la compréhension de l'autre.
Maud Franklin nous a subjugués par la lecture de quelques extraits de son livre Le Taxi .
Charles Gardou nous a immédiatement plongés dans ce que fut notre réflexion de la journée : La fragilité, l'écriture, le donné à voir :
Je vous parlerai de cette fragilité aujourd'hui, de cette fragilité qui est à fleur de nos peaux et de nos épidermes, et de cette fragilité où naît la beauté des mots, celle qui est écrite dans les ouvrages qui seront présentés aujourd'hui.
Une beauté parfois âpre, parfois insensée, celle qui dit la précarité des choses humaines et ce qu'elle fait germer en nous. Je parlerai de cette fragilité en un temps où il est mal vu d?apparaître fragile, et en même temps qui s'apparente à un grand bal masqué parfois, ou de comédie des illusions, et où les plus fragiles semblent brûler d'un trop faible éclat dans ce théâtre des apparences. Or, vous en conviendrez, il n'y a pas de temps ou de lieu où ne se manifeste cette fragilité dont le handicap n'est qu'une expression. Et cette fragilité, on la trouve dans toute la chaîne du vivant. Chez les plantes, les animaux et les hommes.
Cela nous invite à faire le deuil d'une très irréelle perfection, nos vies ne sont que des variations sur ce thème de la fragilité dont la naissance est le berceau, tout commence avec la fragilité et tout finit avec elle.
Notre journée sera jalonnée par trois tables rondes animées par Michèle Cotta, journaliste, le matin, Philippe Lefait, journaliste et Charles Gardou, universitaire, l'après midi.
Trois thèmes avaient été retenus : désir de lire - désir d'écrire - désir d'être publié.
Ces thématiques ont été abordées par des écrivaines et écrivains en situation de handicap. Dans chaque table ronde se retrouvaient femmes et hommes porteurs d'un syndrome particulier ce qui permettait d'aborder la singularité avec justesse, vérité et originalité. A chaque table ronde se trouvait, soit un universitaire, soit une femme chercheuse, soit une psychanalyste qui avaient réfléchi, écrit sur le handicap. Ces multiples formes de rencontres et d'échanges nous ont permis d'entendre autrement, de comprendre autrement nos différences. Ces échanges ont été riches, forts et citoyens.
Notre ami Patrick Gohet était là pour nous accompagner dans cette diversité. Notre animatrice Bernadette Grosyeux a mené d'une main de maitresse la journée.
A partir de 15 h les écrivaines et les écrivains ont dédicacé leurs ouvrages. Il y avait de la bousculade, un peu de désordre et beaucoup de convivialité et de rencontre.
Ce fut assurément une très belle journée où adhérents et bénévoles ont donné du temps, de la disponibilité, des sourires.
En concluant ce petit feuillet automnal, je voudrais remercier toutes et tous de leur présence, de leur accompagnement et de leur solidarité.